Macadam Cowboy (critique)

Macadam Cowboy (critique)
A l'occasion de la reprise du film, le 17 décembre, un papier que j'avais rédigé il y a quelques années.

Depuis sa sortie en 1969, le film de John Schlesinger, lauréat de trois Oscars, a conservé toute sa puissance. Comme beaucoup de films de la période, L'Épouvantail de Schatzberg par exemple, Macadam Cowboy, s'attache à nous raconter le destin de deux losers, pleins d'ambition, à la poursuite du rêve américain, dans l'Amérique des années 60. John Schlesinger, à travers deux êtres attachants, perdus dans la foule new-yorkaise, en quête de bonheur, d'amour et d'argent, nous restitue une vision sombre de l'Amérique et de la société qu'elle engendre.

Ce très beau film contient de nombreuses similitudes avec des œuvres de la même période. Dans Alice n'est plus ici de Martin Scorsese, Alice rêve depuis son plus jeune âge de devenir une star de la chanson. Adulte, son rêve se prolongera. Elle ira jusqu'au bout et y parviendra malgré les difficultés auxquelles elle devra faire face. Dans Easy Rider de Denis Hooper, les deux motards sillonnent toute l'Amérique dans un but précis : vivre et se sentir libre. Thématique récurrente dans le cinéma américain des années 70, qu'on appelle communément l'American Dream.

Dans Macadam Cowboy, Joe Buck, jeune homme naïf mais ambitieux, désire quitter son Texas natal, préférant l'agitation des grandes métropoles. Dans le greyhound qui le conduit à New-York, roulant jour et nuit d'Ouest en Est, Joe revoit son passé défiler, douloureux, illustré par des flash-back récurrents : parents absents, viol de sa petite amie. Dans le Point limite Zéro de Sarafian, Kowalski, le héros du film fait le pari de rallier San Francisco à Denver en moins de 15 heures. De la même manière que Joe, son passé est évoqué par l'utilisation de flash-back : Kowalski est un ex-pilote de course, vétéran du Vietnam et ancien policier traumatisé par le viol auquel il a assisté durant son service. Le rapprochement est inévitable. Joe et Kowalski sont deux losers, qui après tant d'années d'échecs personnels souhaitent fuir, qu'importe la destination, afin d'échapper à leur fatalité.

Les premières séquences dans la métropole rappellent celles d'Un Shérif à New-York. Comme Eastwood dans le film de Siegel, la tenue vestimentaire de Joe jure avec celle des citadins. Joe Buck, comme la plupart des anti-héros des années 70, (Travis Bickle de Taxi Driver, Lion de L'Epouvantail), apparaît en dehors du cadre et rêve de l'intégrer. C'est un exclu de la société de consommation. Joe est un éternel enfant, perdu dans son imaginaire, persuadé d'être une sorte de héros des temps modernes. Il ne perçoit pas la frontière entre le rêve d'enfant et la réalité d'adulte. Ce sera Ratso Rizzo, être infirme et tout aussi démuni que lui, qui lui fera prendre conscience de la dure réalité de la vie en lui disant que son jeu de cowboy n'impressionne personne hormis les homosexuels. « Tu ne vas pas me dire que John Wayne était PD ! » rétorque Joe. Le côté candide et immature du personnage refait surface.

Joe arpente les avenues de New-York, bercé par le rêve Américain, relayé par une radio « ne vous inquiétez pas pour votre avenir [...] nous vous aiderons. Vous avez besoin d'argent ? nous vous en donnerons. ». Un contraste avec le New-York filmé par John Schlesinger, plus sale que jamais, ou Joe côtoie la faune urbaine : drogués, prostitué(e)s... Le spectateur suivra son parcours initiatique, suivi de ses premières désillusions et son passé douloureux qui revient comme un leitmotiv.

Dans les dernières séquences du film, Joe et Ratso se retrouvent dans le bus qui les conduit à Miami, incarnation parfaite du rêve américain. Comme beaucoup de « héros » du cinéma américain des années 70, certains l'atteignent, épuisés, d'autres, meurent d'épuisement. Un excès d'énergie dépensée pour reprendre l'une des théories défendue par Jean Baptiste Thoret dans son ouvrage sur le cinéma américain des années 70. Les dernières images du film, le visage de Ratso, mort, baigne dans les reflets du soleil de Miami, symbole d'une âme perdue. Entre les deux hommes, naîtra une affection fraternelle, prétexte saisi par John Schlesinger, pour aborder le sujet de l'homosexualité. Une belle histoire d'amour en somme.

6/6
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# Posté le mercredi 19 novembre 2008 10:54

Cruising (critique)

Cruising (critique)
Si certes Friedkin s'est planté dans sa carrière (c'est indéniable), il ne faut pas oublier des oeuvres comme L'exorciste, French Connection, Police Federale Los Angeles, le Convoi de la peur et ce Cruising, qui constituent un panel des plus grands films américains de ces trente dernières années. Ce qui caracterise le cinéma de Friedkin, c'est son ambiguité. Ses films troublent, agaçent... mais fascinent souvent. C'est le cas de Cruising, tiré d'un fait divers, qui exerce un pouvoir à la fois fascinateur et répulsif.

Cruising fut un échec considérable, intervenant après celui du Convoi de la peur quelques années plus tôt, échec qui l'affligeat. A l'époque du tournage, la communauté gay s'etait divisée : ceux qui ont accepté le film et les détracteurs qui s'y sont formellement opposés, empêchant ainsi le tournage d'arriver à son terme. Certains pensaient en effet que le film constituait une atteinte à la communauté gay. Friedkin expliquait pourtant que le film reflètait la realité qui lui avait été montrée. Ainsi, son film s'apparente à un documentaire du milieu SM-underground new-yorkais au début des années 1980.

Particulièrement malsain, Cruising s'attache à nous raconter la sombre histoire de Steve Burns (Al Pacino méconnaissable), chargé d'infiltrer le milieu gay new-yorkais, afin de traquer un sérial-killer. Toute la thèmatique de Friedkin en somme : un héros qui traque sa proie jusqu'à en perdre ses propres repères. Steve s'acclimate très rapidement à cet « univers » qui lui est étranger. Il le dit lui-même quand son supérieur le charge de cette « mission ». Au fil de son enquête, le personnage de Steve semble évoluer. Ce n'est plus le flic discret et ambitieux du début. En ce sens, le film décrit une transformation, comme souvent chez Friedkin. Cette « expérience » lui donnera de l'assurance, mais le confrontera en même temps à ses propres ambivalences : Steve peut à tout instant basculer de « l'autre cotê ». A cet égard, Friedkin clôt son film laissant le spectateur dans le doûte le plus total : Steve finit-il comme eux ? a-t-il changé ?...

Cruising est donc un film sur les apparences : qui est vraiment le héros ? comme la plupart des personnages friedkiniens, souvent ambigus au possible (de Popeye Doyle dans French Connection à Richard Chance de Police Federale Los Angeles) on en sait peu sur Steve Burns. A ce sujet, Friedkin s'exprime : « Des influences comme Samuel Beckett et Harold Pinter m'ont appris que l'on ne sait rien sur les personnages, ils ne font que parler simplement, discuter, mentent peut-être. Ce qu'ils disent n'est peut-être pas la vérité. On a très peu d'indices pour savoir qui ils sont vraiment ou ce qu'ils pensent. Il n'y a que leur comportement et ce qu'ils disent. ». Ces dires confirment l'une des séquences de Cruising : au début du film, l'un des tueurs descend un escalier. Un peu plus tard, le même plan, mais cette fois centré sur Steve. Friedkin laisse planer le doûte sur l'identité du tueur. Friedkin expliquait que personne n'avait jamais su si un tueur était à l'origine de tous ces meurtres. Quand on connaît un peu le cinéaste, on peut imaginer qu'il s'agit d'un pretexte pour réaliser un film sur les troubles de l'identité.

Les dernières séquences du film reflètent bien cette démarche: Steve se regarde dans le miroir, se demandant : qui suis-je réellement ? et finit par interpeller le spectateur : savez réellement qui je suis ? en somme, je ne suis pas ce que vous pensez. Ce qu'on voit en surface n'est qu'une illusion. Dans Police Federale Los Angeles, Richard Chance voulait venger son partenaire, abattu par des truands. Mais jusqu'ou pouvait-il aller pour atteindre la frontière ?

Quand on arrive au terme du métrage, on ne sait pas quoi penser de ce Cruising. C'est seulement avec le recul qu'on encaisse. Un film plutôt étrange, mais fascinant en soi. Archétype même du film qu'on aime ou qu'on déteste.

Pas encore assez pris de recul/6

# Posté le mercredi 19 novembre 2008 10:50

Modifié le mercredi 19 novembre 2008 11:01

Course à la mort

Course à la mort
Inutile de partir sur des préjugés, car si la filmographie de Anderson ne suscite pas toujours un vif intérêt (hormis pour le paraît-il très bon Event Horizon), Anderson signe un excellent film d'action, remake éponyme d'une série b cormanienne de Paul Bartel.

Même si ce n'est pas Network, la reflexion est la même : la course à l'audimat et ce qu'elle engendre. A cet égard, la directrice de prison (excellente Joan Allen) est l'archétype même de la nana qui dépasse certaines limites et rappele dans une moindre mesure Faye Dunaway. Les moyens auxquels Hennessey a recours pour arriver à ses fins sont d'ailleurs quasiment les mêmes que ceux employés par Dunaway dans le film de Lumet. Dommage que le thème, pourtant passionnant, n'ait pas été developpé plus longuement.

Mais l'intérêt du métrage ne réside pas là : point de vue action, Course a la mort remplit à 200% sa mission. Et perso, j'ai bien pris mon pied, même si il manquait un petit quelque chose pour en faire une bombe ultime du genre. Mais là, je chipote...

4/6

# Posté le lundi 17 novembre 2008 06:48

Modifié le mercredi 19 novembre 2008 10:47

Tonnerre sous les Tropiques

Tonnerre sous les Tropiques
Tout d'abord, je tiens à signaler que je peux comprendre les bloggers qui n'ont pas apprécié le dernier film de Ben Stiller. C'est un humour particulier, déjanté et parfois potache. Faut y adhérer. En ce qui me concerne, je marche à fond, et pour preuve je le place en n°1 de cette année. C'est bien simple : je n'ai jamais autant ris de toute ma vie ! Seuls peut-être les Farrelly m'auront amusé à ce point avec Dumb & Dumber par exemple.

Derrière une comédie aux allures lourdes, se cache un film moins con qu'il n'en a l'air. Stiller égratine violemment le système hollywoodien : les faux trailers stéréotypés qui introduisent le métrage, le producteur hollywoodien carricatural au possible (ici, mieux vaut en dire le moins possible)... Une vision ne suffit pas à tout énumérer. Le film va assez vite à tel point qu'on loupe quelques gags, ce qui est frustrant en soi. Un mot pour finir sur le casting : Stiller fait du Stiller, c'est pour ça qu'on l'aime (monstrueux en Simple Jack), Robert Downey JR métamorphosé en afro-américain a fond dans son rôle, et Jack Black en accro à la coke, complètement allumé pour notre plus grand bonheur.

Simplement hallucinant en somme. D'ores et déjà culte et à mes yeux un chef-d'oeuvre d'humour. A quand le dvd ?!

6/6

# Posté le dimanche 16 novembre 2008 12:42

Modifié le mercredi 19 novembre 2008 10:46

Mesrine, l'instinct de mort

Mesrine, l'instinct de mort
Une petite bombe, pas moins.

Avant tout, un pur film de genre dans la tradition des meilleurs polars frenchy type La balance pour donner une idée : sec, nerveux, violent... Et surtout, magnifiquement interprété par Cassel, qui fait le film à mes yeux : tantôt répugnant (voir à cet égard la terrible séquence ou il pointe son flingue dans la bouche de sa première conquête) tantôt attachant, sincère... Formidable performance. Pas mal d'idées de mise en scène interessantes, comme le split screen du début, excellente ouverture en ce qui me concerne. Au départ, je voulais tout voir d'un coup, et je regrettais de ce fait qu'on le scinde en deux parties, mais le final est tellement réussi que ça ne me dérange pas tant que ça en définitive.

Pour finir, mention spéciale à la superbe séquence d'évasion (une tension incroyable digne des meilleurs séquences du genre) et la fusillade dans cette même prison. Vivement la suite !

6/6


# Posté le dimanche 16 novembre 2008 12:20

Modifié le mercredi 19 novembre 2008 10:46